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Coup d’arrêt brutal pour Blue Origin

 
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Cazoo abandonne ses ambitions européennes

Par Jérôme Marin | 14 septembre 2022

Bonjour, au menu de Cafétech ce mercredi: le crash du lanceur de Blue Origin et l’arrêt des opérations de Cazoo en Europe continentale.

Après le crash de son lanceur, Blue Origin est à l’arrêt

Blue Origin n’avait pas rencontré d’échec depuis son tout premier vol d’essai en avril 2015. Lundi, son lanceur New Shepard s’est écrasé une minute après son décollage au Texas. Certes, la société spatiale de Jeff Bezos, qui avait enchaîné 21 missions sans le moindre incident, pourra se satisfaire du bon fonctionnement de son système de sauvetage: la capsule, qui transportait seulement des expériences scientifiques, a bien été éjectée comme prévu, avant d’atterrir sans dégât quelques minutes plus tard. Mais cet échec va se répercuter sur son programme de tourisme spatial: les autorités américaines ont déjà suspendu tous les vols le temps de mener leur enquête.

Missions habitées – L’an passé, Blue Origin a fait entrer le tourisme spatial dans une nouvelle ère, celle des vols commerciaux privés. La société du fondateur d’Amazon y affronte principalement Virgin Galactic, lancée par le britannique Richard Branson, et SpaceX, dirigée par Elon Musk. Blue Origin a déjà réalisé six missions habitées, avec le même lanceur réutilisable, plus récent que celui qui vient d’être détruit. Et transporté 31 personnes – dont Jeff Bezos lors de la première mission – aux portes de l’espace, à une centaine de kilomètres de la Terre, pour un vol suborbital de seulement onze minutes. Le prix du ticket n’a jamais été révélé. L’an passé, la start-up assurait avoir vendu pour près de 100 millions de dollars.

Coup d’arrêt – Au-delà des conséquences sur le calendrier des lancements, le crash est un coup d’arrêt pour Blue Origin, financé à coups de milliards par Jeff Bezos. Même si les procédures d’urgence ont bien fonctionné, il rappelle que le tourisme spatial n’est pas sans danger. L’an passé, le premier vol de Virgin Galactic avait été marqué par un incident de trajectoire. Cela pourrait faire réfléchir certains clients potentiels, alors que les deux rivaux souhaitent accélérer la cadence des missions. Par ailleurs, Blue Origin ne dispose désormais plus que d’un seul lanceur, pour réaliser à la fois les missions habitées et les missions inhabitées. Enfin, les investigations pourraient prendre plusieurs mois. Et ralentir ses autres programmes.

Retards – Blue Origin travaille en particulier sur New Glenn, son prochain lanceur, en partie réutilisable. Celui-ci sera capable de réaliser des vols orbitaux, rivalisant avec les fusées de SpaceX. Le groupe compte déjà six clients, dont Amazon pour lequel il doit réaliser jusqu’à 33 missions pour placer sur orbite des dizaines de satellites du projet Kuiper, qui vise à fournir une connexion Internet depuis l’espace. Le projet affiche plusieurs années de retard, ce qui lui a fait perdre des contrats avec le gouvernement américain. Initialement prévu en 2020, le premier vol d’essai n’est pas attendu avant janvier 2023. À plus long terme, Blue Origin ambitionne également de fabriquer un module lunaire. Et de lancer sa propre station spatiale.

Cazoo abandonne ses ambitions européennes

C’est la fin des grandes ambitions européennes de Cazoo. La semaine dernière, la plateforme britannique de vente de voitures d’occasion a annoncé l’arrêt de ses activités en France, en Allemagne, en Espagne et en Italie. Quatre marchés sur lesquels elle avait pourtant investi près de 200 millions d’euros, notamment en sponsorisant plusieurs clubs de football. Mais sa situation financière ne lui permet plus de dépenser autant. La start-up souhaite donc se focaliser sur son marché domestique, dans l’espoir de réduire ses pertes et préserver sa trésorerie. Cette décision s’accompagne d’un nouveau plan social, touchant 750 salariés supplémentaires.

Marché gigantesque – Lancée en 2018, Cazoo fait partie de ces nouveaux acteurs qui rêvent de bousculer le marché de l’automobile d’occasion. Un marché gigantesque, estimé à 600 milliards d’euros par an en Europe, mais qui a encore très peu évolué. La société ne joue pas un simple rôle d’intermédiaire: elle reprend les voitures, les reconditionne, les revend puis les livre directement chez l’acheteur. Celui-ci dispose de sept jours pour essayer son véhicule, et le rendre s’il n’est pas satisfait. Profitant de la crise sanitaire, qui a laissé croire que de nouvelles habitudes d’achat allaient s’imposer, Cazoo a levé un milliard de dollars lors de son introduction en Bourse en août 2021.

Lourdes pertes – Depuis, son action a plongé: sa capitalisation boursière est passée de 8 milliards à moins de 500 millions de dollars. Car Cazoo affiche de très mauvaises performances financières. Sur les six premiers mois de l’année, la plateforme a vendu un peu moins de 44.000 voitures, pour un chiffre d’affaires de 628 millions de livres (724 millions d’euros). Dans le même temps, ses pertes se sont fortement creusées, à 243 millions de livres. Et sa marge brute est tombée à seulement 0,5%. Au Royaume-Uni, Cazoo ne gagne ainsi que 246 livres sur chaque voiture vendue, malgré l’absence d’un réseau de concessionnaires. Sur les autres marchés européens, ce chiffre était encore plus faible.

Sponsor du football – Ces lourdes pertes s’expliquent également par les importantes dépenses marketing de l’entreprise: près de 2.000 livres par véhicule vendu, soit un septième du prix de vente moyen. Pour asseoir sa crédibilité et renforcer sa notoriété, elle a multiplié les contrats de sponsoring avec des clubs de football. En France, sa marque s’affiche ainsi sur les maillots de Marseille et de Lille. Elle est aussi partenaire de l’Open de France de golf. Cette visibilité coûte cher, mais elle n’est pas nécessairement rentable. Cazoo s’est engagé pour plusieurs années, et cherche désormais à rompre de “façon ordonnée” ces contrats.

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Crédits photo: Blue Origin – Cazoo

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